Cinq albums qui ont changé mon apprentissage de la musique

Steve Coleman Andy Newcomb 3Choisir cinq albums pour représenter nos gouts musicaux n’est pas chose aisée. Le choix est tellement vaste et il existe tellement de bons disques (connus mais aussi inconnus)  que je ne savais pas par où commencer.

Je me suis donc demandé quels albums, parmi les milliers que j’ai pu écouter, m’ont marqué.

Non pas forcément par leur qualité musicale, mais par ce qu’ils m’ont apporté lorsque je les ai découverts : une ouverture vers de nouveaux horizons, de nouveaux sons ou une nouvelle manière d’appréhender la musique qui m’était jusqu’alors totalement inconnue.

Je me souviendrai du moment de leur découverte toute ma vie…

Cet article fait partie de la rencontre inter blogs musique 2015 .

“Out of the Loop” des “Brecker Brothers”

out of the loop couvertureC’est cet album qui m’a fait découvrir le jazz et l’improvisation.

C’est un album de Jazz Rock paru en  1994 et qui a reçu le “Grammy Awards” du meilleur album de jazz contemporain lors de sa sortie.

Ce  disque opère une fusion quasiment parfaite entre le monde de la pop, de l’électro et celui du jazz.

Les compositions sont toutes réellement très bien ficelées. Ne parlons pas des solos de Michael Brecker et Randy Brecker, tout simplement à tomber par terre…

Je vous avoue d’ailleurs que j’ai tellement écouté ce disque que je connais chaque note par coeur, chaque solo dans son intégralité de A à Z. Cet Album m’a tellement plu à l’époque qu’il  tournait quasiment jour et nuit dans ma chaine hifi.

 

La variété des compositions et des rythmiques est un vrai bijou pour l’amateur de musique, mais aussi pour les batteurs qui découvriront le jeu fantastique de Rodney Holmes.

 

En plus de tout cela, cet album contient  mon morceau préféré. Je l’ai écouté des centaines de fois.

C’est un 12/8 dont la particularité est de mélanger le 3/4 et le 12/8, un peu comme le Bikusti , mais le 3/4 est décalé d’une croche de triolet.

Cela s’écoute et se savoure par ici .

Concernant le son

Le son de l’album est lui aussi réellement très intéressant car il ne tombe pas dans le canevas sonore, aujourd’hui un peu kitch, du jazz rock des années 80.  Il y  a de très nombreux albums de cette période issus de très grands musiciens qui ont très mal vieillis, notamment à cause de l’utilisation de synthés et des sons de batterie sur- travaillés au mixage, à cause des limitations techniques de l’époque.

Le son de l’album “Out of the Loop” est réellement extraordinaire. Le travail de mixage et de post production rendent le son de cet album indémodable.

La technologie a bien évolué dans ce domaine et  cela se ressent très fort lorsqu’on compare le son des albums des années 80 et ceux d’aujourd’hui. Aujourd’hui, les sons synthétiques sont bien mieux intégrés dans la musique.

Ce que le cd m’a apporté

Si vous ne connaissez pas d’album de jazz, je vous recommande chaudement celui-ci pour vous initier.

C’est un très bon compromis pour saisir l’importance du métissage culturel qu’a pu opérer cette musique.

En mémorisant les solos des deux maitres du saxophone et de la trompette que sont Michael et Randy Brecker, j’ai développé ma mémoire auditive et découvert le monde de l’improvisation qui m’était alors inconnu.

 

“Hard normal Daddy”  de “Square Pusher” Alias Tom Jenkinson

 

hard normal daddyPerle de rythme et d’inventivité sonore,”Hard Normal daddy” est l’album qui m’a  fait découvrir la “jungle music “.

Et quelle découverte ! Je n’imaginais pas toute cette créativité encore  possible à l’époque.

 

 

 

 

Je me souviens avoir pensé :

Nous sommes très très  loin d’avoir tout inventé en musique. Combien de découvertes nous reste-t-il à faire dans les 2 – 3 prochains millénaires? Square Pusher me prouve que l’histoire de la musique est loin d’être terminée.

 

Référencé comme l’un des meilleurs albums de l’année 1997 par le site The Wire .

C’est pour moi la pièce maitresse de Square Pusher.

Je n’ose pas imaginer le temps qu’a pris Tom Jenkinson pour réaliser une telle prouesse de mixage et d’inventivité.

Quasiment chaque son est travaillé jusque dans ses moindres détails. Et quand je dis chaque son, je ne parle pas de chaque instrument, mais bien de chaque note de l’album indépendamment l’une de l’autre !  Un travail de FOU !

Par exemple, certaines pistes comportent des enchainements de coups de caisse claire dont chaque note a été éditée en studio pour recréer une mélodie.

Et ce qui est génial, c’est que la majorité des sons édités proviennent de musiciens de studio ayant réellement joué les lignes qu’on entend sur l’album.

Ces enregistrements ont été édités, étirés, découpés, rafistolés de toute part pour recréer une musique fascinante.

 

Ce que le cd m’a apporté

Une inspiration sans fin concernant le mixage d’albums, des possibilités d’orchestrer mon jeu de batterie (y compris acoustique) ou de découpage à l’extrême d’une mesure de 4/4.

 

 

La musique du film “JFK”

jfk musique C’est maintenant d’un disque de  musique de film dont je vais vous parler.

La musique a été composée par John Williams pour le film sur le procès lié à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Ce disque m‘a marqué pour plusieurs raisons :

Tout d’abord pour le film auquel il est attaché et que, si vous n’avez pas vu, je vous conseille vivement.

L’intensité dramatique de la musique est étonnamment juste pour un film historique, en particulier la scène du début du film ou Kennedy se fait assassiner.

 

Et c’est en fait la musique qui donne tout son sens à cette scène car elle est en majorité composée d’images d’archives de très mauvaise qualité.

Je me suis alors dit : WOW : c’est dingue comme la musique peut donner du sens à l’image.

Et ce qui est génial pour nous, batteurs, c’est que cette piste son est en grande partie jouée par la  “Royal Scots Dragoon Guards”, orchestre anglais de la garde de la reine d’Angleterre et auteur du fameux enregistrement d’Amazing Grace.

La troisième piste du cd est un solo de caisse claire écossaise dont les rythmes sont réellement hallucinants.

Le son de ces caisses claires est très particulier, hyper précis.

C’est d’ailleurs cette précision qui est réellement surprenante. On a tout simplement l’impression qu’il n’y a qu’une seule caisse claire.

Hors, nos joueurs de caisse claire sont 4 dans le cas présent, et en parfaite synchronisation rythmique.

On peut d’ailleurs entendre très clairement des neuvolets de doubles croches dès la 3ème mesure (9 coups vs 2 temps). Le neuvolet est une figure rythmique très difficile à jouer et est ici parfaitement exécutée, de façon remarquablement musicale  ( merci John Williams ).

Voici la piste de l’assassinat et le fameux solo du quatuor de  caisse claire écossaise.

Ce que le cd m’a apporté

J’ai réellement compris ce jour-là que la précision rythmique  n’avait de sens que si l’ensemble du groupe avec lequel vous pratiquez fonctionne exactement sur la même énergie.

J’ai également découvert le son de la caisse claire écossaise ainsi que le sens du mot  “tension “ dans la musique.

 

“Groove Elation”  de John Scolfield

groove elation couvertureJohn scofield fait partie de ces guitaristes qui m’étonneront toujours.

Un touche-à-tout ayant enregistré des albums dans à peu près tous les styles possibles et imaginables, avec l’audace et le bon gout de toujours exceller dans ce qu’il fait.

Cet album n’est pas une exception.

Son parti fut de réaliser un album axé essentiellement sur le sens du mot “groove”.

Je vous invite d’ailleurs à lire cet article si vous souhaitez en savoir plus sur ce mot : 10 trucs pour groover  .

 

Le mot “Ostinato rythmique” prend ici tout son sens vu que la majorité des morceaux de l’album sont construits sur  des lignes de basse répétées en boucle de nombreuses fois.

 

L’orchestration de ce disque est  maitrisée de bout en bout.

Il suffit d’écouter les lignes de basse : parfois jouées à la basse électrique, parfois à l’orgue, parfois doublées par le tuba et le trombone, etc….

Et la façon dont le batteur orchestre tout cela est tout simplement limpide !

 

Ce que le cd m’a apporté

J’ai compris comment orchestrer intelligemment la musique sur base d’un matériel simple et universel.

Chaque arrangement des compostions du disque est un bijou d’inventivité et de simplicité.

 

 

 

“Curves of Life”  de “Steve coleman and the Five Elements”

 

curvesCet album fut un choc, une claque dont j’ai encore du mal aujourd’hui à prendre toute la valeur et la portée.

C’est cet album qui me révéla l’existence des mesures asymétriques dans le monde de la musique.

Pas seulement le 7/8 ou le 5/8.

Mais tout simplement le fait de jouer des rythmes qui n’étaient aucunement reliés à des mesures.

 

Les basses écrites par Steve coleman sont tellement puissantes qu’elles transcendent  la notion de mesure.

La performance est d’autant plus remarquable que l’album est joué Live.

En écoutant cet album des heures et des heures, j’ai appris à retenir les séquences rythmiques  complexes jouées par le bassiste et  le batteur.

Et quel groove ! Les lignes de basse nous donnent envie de danser alors qu’elles flirtent souvent avec la dissonance harmonique et les couleurs sonores “trash”  et décalées.

Ce qui frappe, c’est aussi l’aspect universel de cette musique, malgré son coté expérimental, à mi-chemin entre une toile impressionniste et le dessin de précision architectural.

On y retrouve des éléments de la soul, du RAP, du blues, du rock, du jazz traditionnel.

J’ai pratiqué mon instrument sur cette musique de longues heures et c’est une des raisons qui fait que je suis aujourd’hui à l’aise avec les rythmes dit “non conventionnels”.

Steve Coleman a la très grande classe de fournir une très grande partie de sa discographie en téléchargement gratuit sur son site internet http://m-base.com/downloads/.

Vous y trouverez aussi des partitions et d’autres infos utiles sur sa musique.

 

Ce que le cd m’a apporté

Le travail du sens du rythme a réellement pris un sens profond pour moi lorsque j’ai découvert cette musique.

C’est cet album qui m’a permis de développer tous les nombreux  polyrythmes que j’emploie aujourd’hui lors de mes concerts.

 

En conclusion

Ce fut à la fois évident et difficile pour moi de choisir 5 disques parmi la pléthore de disques disponibles sur le marché.

Ce choix n’est en rien un TOP des albums, mais plutôt une présentation purement personnelle de ce qui m’a profondément influencé à devenir le musicien que je suis aujourd’hui.

J’espère que vous découvrirez ces musiciens et compositeurs avec autant de plaisir que moi à l’époque et que vous en tirerez les enseignements nécessaires pour développer votre envie de faire de la musique.

Et vous, quels albums vous ont influencé dans votre vie de musicien?

Répondez-moi dans les commentaires ci-dessous.

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7 Comments

  1. pilouche

    Un E N O R M E merci à toi pour ce partage ! Je trouve ça très personnel et intime de décrire ce qui a changé, voire bouleversé, ta vie musicale à travers les disques que tu as décris.

    Je viens de m’écouter l’ensemble d’un trait, c’est vraiment impressionnant. J’ai un gros faible pour Steve Coleman car le son est peut être plus actuel et je m’en délecte encore ! C’est vraiment agréable de découvrir autre chose que ce que j’écoute habituellement. J’aime sortir des sentiers battus et là tu as vraiment trouvé de quoi m’en mettre plein les cages à miel !

    Merci encore à toi, voilà qui va ravir mon WE prolongé 🙂

    • Xavier Rogé

      Merci pilouche !

      Cela me paraissait important de faire découvrir de la musique aussi puissante et malheureusement méconnue….

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