Les secrets du solo de batterie de la tournée Illusion d’Ibrahim Maalouf

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Dans l’article précédent , “Comment faire un bon solo de batterie”  , je vous ai révélé quelques astuces pour construire un solo de batterie non pas basé sur la technique, mais sur la musicalité.

L’un n’empêche pas l’autre et il est tout à fait possible de faire un solo impressionnant techniquement tout en restant musical.

 

 

Afin d’illustrer plus concrètement mes propos, je vais vous expliquer comment j’ai construit le solo de fin de concert de la tournée “Illusion” avec Ibrahim Maalouf.

C’est un solo que j’ai joué de nombreuses fois. Je résume ici grossièrement quelques idées que j’ai utilisées ainsi que leur logique.

C’est un solo semi improvisé, le début et la fin du solo sont fixes avec une très large place à l’improvisation.

Le contexte du début du solo :

Voici le contexte d’entrée du solo :

Ce solo est situé à la fin du concert, au sommet de l’intensité d’énergie.

C’est un solo sur un pattern rock, extrêmement simple et facile  d’accès pour le public.

Le concert en lui-même oscille entre Rock pop et jazz avec des moments de virtuosité et d’autres de simplicité extrême.

Ces éléments sont extrêmement importants à prendre en compte.

Provenant d’un solo de guitare assez fort, je commence donc le solo dans la même énergie que ce qui me précède : FORT et SIMPLEMENT, pattern rock.

L’histoire du solo

Durant la première minute, j’installe le solo tranquillement en gardant l’énergie assez haut.

J’ai choisi de garder l’after beat du rock pendant une bonne partie du solo de façon à garder la terre, la base avec le public.

Je joue des variations majoritairement avec la grosse caisse, occasionnellement avec le charlet.

Cette référence universelle qu’est l’after beat me permet de jouer des choses plus complexes tels que des décalages du rythme, ou des quintolets par-dessus sans pour autant que cela paraisse bizarre pour le public.

Il y a toujours une référence au concret malgré la complexité des idées jouées.

 

Vers 1 min

Je joue subitement un arrêt NET et tranché  afin de diminuer subitement l’énergie et l’intensité du son, cela afin d’installer une tentions, des questions dans le public.

On sent que le solo va changer, évoluer, mais on ne peut pas se douter de sa direction. Il y a du suspens……

Je répète une idée de très nombreuses fois afin de la transmettre à l’auditeur, et je joue des variations sur base de cette idée.

Tout d’abord en répétant cette idée, puis en la décalant, en changeant sa vitesse ou son orchestration.

J’utilise ce principe à de nombreuses reprises lors de mes solos, c’est un principe assez efficace et très surprenant pour le public.

 

Vers 1 min 25 secondes

Pour la première fois dans le solo, j’utilise les toms.

Avant cela, je jouais exclusivement sur la caisse claire, la grosse caisse et les cymbales.

Le fait de retarder l’arrivée des toms permet d’organiser plus facilement ses idées et de changer le son global du solo.

On rajoute encore de la tension.

Le débit s’accélère lui aussi et passe en tempo dédoublé afin d’augmenter encore l’intensité tout en gardant le groove et la pulsation, la ligne directrice du solo.

J’orchestre encore en majorité sur la caisse claire, la grosse caisse et les cymbales.

Vers 1 min 50

Je lâche complètement le groove caisse claire grosse caisse et passe sur la totalité de la batterie.

Pour ce faire, j’improvise librement en prenant les toms comme support de base à mes idées.

On descend progressivement dans les fréquences basses de la batterie, cela donne un coté plus tribale et animal au solo.

Pour ce faire, je m’accompagne du charlet joué au pied qui continue de marquer les temps inlassablement, et cela indépendamment des idées que je développe sur les toms.

Ceci permet de garder un lien avec le reste du solo (la pulsation) tout en faisant évoluer le solo librement.

Voici quelques doigtés que j’emploie pour jouer librement  sur les toms :

Dd gg

Dg dd gg

D g dd gg pp

 

Je vais maintenant déstructurer progressivement mon improvisation tout en gardant le temps au charlet.

Vers 2 min 15

A partir de cet instant, j’abandonne l’idée de déstructuration et choisis de me focaliser sur une phrase jouée en boucle sur les toms.

Cette phrase est une suite de 8 coups aléatoires joués sur un débit de quintolets.

Cela produit un effet de double rythme :

  • le charlet qui joue inlassablement le temps en ouvert/fermé ( 2 vs 2)un groupement de 8 vs 5 sur les tomsje vais progressivement accélérer la phrase aux toms en gardant mon charleston stable.Pour ce faire, je vais passer progressivement par toutes les divisions du temps.D’abord quintolets de croches (5 coups par temps) , puis sextolets de croches (6 coups par temps) , puis triples croches  (8 coups par temps) , puis sextolets de triples (12 coups par temps) , et ainsi de suite jusqu’à arriver au roulement.

    2 min 40

    Je laisse complètement tomber la pulsation et me focalise sur la rapidité et la virtuosité des phrases jouées sur les toms.

    Je voulais donner l’impression d’aller TRES vite.

    Pour ce faire, j’utilise deux doigtés très efficaces afin de donner cet effet d’avion à réaction.

    d g dd gg joué sur la caisse claire en déplaçant le premier coup à la main droite sur les toms.

    Ce doigté, lorsqu’il est correctement utilisé, permet d’atteindre des vitesses folles car il combine à la fois les avantages du coup simple et des coups doubles.

     

    dd gg p pour jouer un roulement très puissant partout sur la batterie, entrecoupé par des coups de grosses caisses.

    doigtés roulement toms istanbul[3]

    Les coups de grosse caisse me permettent de me déplacer plus aisément et de reposer mes mains quelques micro secondes. Je gagne alors en vitesse et surtout en puissance.

     

    Vers 3 min

    Je ralentis mon débit et mon volume progressivement afin de faire comprendre au public que le solo est bientôt terminé.

    Mais je leur réserve encore une surprise pour la fin

     

    Le grand Final  : la fin de l’histoire

     

    6049503714_86aaa1b948_b[4]

    Toute bonne histoire possède une bonne fin. Et pour ce faire, il me fallait jouer quelque chose de vraiment efficace pour terminer mon solo.

    Je voulais à la fois quelque chose de simple et de spectaculaire, tout autant du point de vue sonore que du point de vue visuel

    J’ai donc choisi de terminer mon solo par ce doigté : d g p

    L’astuce, c’est que je le joue le plus vite possible et le plus fluide possible.

    Je voyage sur les toms en y faisant des croisés, ce qui renforce le coté spectaculaire.

     

     

    Voici la transcription du croisé que j’utilise entre le gros tom  et le petit tom.

    doigtés croisé istanbul[3]

     

    Afin de permette aux autres musiciens de reprendre la mélodie, je coupe net le solo par un rim shot percutant.

     

    Pour résumer : appliquez votre recette

    Il faut savoir que j’ai joué ce solo plus de 120 fois lors de mes tournées avec le projet “Illusion” d’Ibrahim Maalouf.

    J’ai donc pris le temps de faire une recette efficace qui pourrait se résumer de cette façon :

  • Commencer fort et avec le rythme rock.
  • garder le groove
  • Passer par une phase où je diminue
  • Impro libre, accélérer et faire monter la tension
  • Fin avec le croisé sur les toms + rim shotAfin d’illustrer les innombrables possibilités que je n’ai pas évoquées dans l’article, voici une deuxième version de ce solo, où vous retrouverez les grandes lignes que j’évoque dans ma recette de base, mais aussi de nombreuses autres variantes qui me sont passées par la tête au moment même.

     

    Les deux solos sont semblables et pourtant ils sont différents sur bien des points. L’important est que le public ait réagi et apprécié dans les deux cas.

    Tout cela car j’ai simplement gardé une trame de base que je savais efficace.

    Avez-vous apprécié ce solo et ces idées ?  Répondez-moi dans les commentaires

13 Comments

  1. Guiggs

    Voilà exactement l’article que je cherche sur le net depuis des années Bravo pour ce super solo et merci pour tes explications toujours aussi clair et précise 😉 longue vie à batteurpro.com mais va falloir passer chez le coiffeur sinon tu ne vas pas tarder à te prendre les baguettes dedans ;))

    • Xavier Rogé

      Merci pour tes encouragements !

      Et pour infos , je viens de raccourcir tout ça d’un bon 30 cm !

      Et je me suis déjà effectivement pris les baguettes dans les cheveux 🙂

  2. Régis

    Bonjour Xavier,
    Très bon le solo.
    Avec les explications c’est la cerise sur le gateau.
    Merci
    Régis

    • Xavier Rogé

      Merci régis.

      Je me suis mis en mode Making Off …

  3. Romain

    Salut Xavier,

    super intéressant !
    C’est bien de savoir comment font les pros, nous on a de petites idées………mais
    si on peut se faire aider pour en avoir d’autres c’est encore mieux et ça fait avancer.

    Merci donc pour partager et longue vie à ton site !

    Romain

    • Xavier Rogé

      Merci Romain et ravi de t’avoir donner quelques idées qui je l’espère t’inspirerons pour le futur !

  4. Dersou

    Bonjour,

    Merci pour cette description claire de la théorie mise en pratique.
    Il me semblait bien avoir saisis l’idée, en revanche , le fait que je le fasse à 40 à la blanche restera sans nul doute moins spectaculaire… 8D))
    Mais bon , un jour , rêver peut-être, ou « la Patience est Mère de toutes les vertus  » à ce qu’on dit…

    je Nous souhaite bonne continuation :  » à vie, à mort …et après… »
    coumm’ dirait l’Autre.

    • Xavier Rogé

      Le principal étant de ne pas abandonner et de rester patient .
      Je suis convaincu qu’avec la bonne méthode , on peut arriver à un résultat tout aussi impressionnant en appliquant sa propre recette.
      Je pense souvent à ceci :
      Vers 18 ans, je n’osais pas faire un break car je ne comprenais rien à la batterie, alors que je jouais de la percussion depuis 12 ans….
      Ce solo prouve que l’on peut changer radicalement les choses !

  5. guillaume

    Bonjour Xavier,
    merci pour tes conseils,ils sont aussi efficaces que tes solos!
    J’ai aimé entendre les variations cclaire ,gr caisse au début du solo et ta façon de le développer.
    Dans le même esprit , cela me rappelle le batteur Steve Jordan ,ou il peut tenir en haleine toute une salle uniquement avec son groove. Je trouve ton solo intelligent et captivant ,il n’y a qu’a voir les visages dans le public. Le jeu de charley (vers 2mn15)et les variations par dessus sont inspirantes ,je trouve ça très musical de garder un ostinato charley, cela garde un suspens ,une tension .Bref, tu l’auras compris, j’adore!Il y aurait pleins d’autres choses a dire .
    Bravo pour ta collaboration avec Ibrahim Maalouf.
    A très bientôt…
    Guillaume.
    .

    • Xavier Rogé

      Merci Guillaume ! Je prépare d’autre articles dans le genre …..

  6. Yes ! ça, c’est du solo: musicalité, virtuosité, nuances et groove. Si j’apprenais la batterie, je m’inscrirais à ton blog !

    • Xavier Rogé

      Salut Christophe ! Il n’est jamais trop tard pour apprendre.
      Ceci dis , j’ai essayé la guitare plusieurs fois et ce n’est pas pour moi 🙁
      Comme quoi, chacun son domaine de prédilection.

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