L’influence du batteur sur la musique

Concert trio guitare basse batterie

 

Souvent sous-estimée par la plupart d’entre nous, notre influence en tant que batteur sur la musique que nous jouons en groupe est pourtant colossale.

En prendre conscience est pour moi l’une des clefs de l’apprentissage de cet instrument. Comment  faire pour travailler si l’on ne sait pas pourquoi nous le faisons ? Se donner un but de travail ciblé sur l’accomplissement artistique est tout aussi important  que notre avancement technique.

Jouer des triples croches à du 120 à la noire c’est génial ! MAIS seulement si cela sert la musique!  Et ce n’est franchement pas évident de prendre conscience de tout cela.

Sur quels critères se baser ?

Il y a 4 critères  fondamentaux qui influencent l’ensemble de la musique d’un groupe :

  • le volume
  • le tempo
  • l’orchestration
  • la rythmique.

Le volume

C’est VOUS (le batteur) qui influencez en grande partie le volume général d’un groupe.

Faites le test lors de l’une de vos prochaines sessions de travail en groupe.

Si vous avez l’habitude de jouer tous ensemble un  morceau très fort, essayez de le jouer à la  moitié du volume habituel, voire de commencer le morceau piano.

A l’inverse, essayez de jouer plus fort un morceau que vous avez l’habitude de pratiquer très doucement.

Le but étant ici de rechercher le meilleur son possible pour chaque morceau.

Certains morceaux sont faits pour être joués TRES TRES TRES FORT et ne sonneront que si vous les jouez de cette façon.

Ci-dessous un bon exemple de musique qui se DOIT de sonner FORT !

 

Les musiciens d’un groupe devraient s’écouter mutuellement de façon constante afin d’adapter leur volume individuel au volume général du groupe.

Si vous jouez trop fort par rapport aux autres instruments de votre groupe, cela influencera la musique de façon négative.

Pareil si vous jouez en dessous du niveau des autres instruments …

Vous me direz que tout ceci est compensé lorsque le groupe est sonorisé  : c’est vrai seulement en partie.

Même si l’ensemble du groupe est sonorisé et mixé par un ingénieur du son compétent, si l’un des musiciens du groupe n’a pas conscience de sa place dans l’espace sonore global du groupe, cela influencera négativement le résultat final pour le public.

Le tempo

Le batteur est le musicien qui a la plus grande influence sur le tempo d’un groupe.

Si vous décidez d’accélérer dans un morceau, TOUT LE GROUPE accélèrera. De même, si vous ralentissez, les autres musiciens vont suivront consciemment ou pas.

Vous pouvez aussi choisir consciemment de jouer devant ou derrière le temps (laid back), sans ralentir ou accélérer.

“Killing in the name of “ de Rage Against the Machine est bon exemple de ces différents placements du batteur par rapport au temps.

Dans l’introduction, on entend  les coups de cloches placés en arrière dans le temps.

Tout de suite après, la batterie est CLAIREMENT en avant par rapport à la basse.  Brad Wilk ( le batteur de Rage)  joue d’ailleurs constamment avec le placement devant ou derrière le temps en fonction des différentes parties du morceau.

Vous êtes le gardien du tempo dans un groupe ! Rien n’est plus puissant qu’une batterie pour donner le rythme aux autres musiciens.

Pourquoi la batterie a-t-elle autant d’importance pour le tempo ?

Vous ne jouez qu’avec des sons courts ou avec des sons dont l’impact est très précis.

Le délai entre l’impact de votre baguette sur l’ instrument de percussion et la production du son est quasi nul. De plus, le son produit est généralement court, donc facilement mesurable en terme de tempo.

A l’inverse, la production du son d’un instrument comme le violon (par exemple) dépend du frottement de l’archer. Il y a un délai entre le moment où l’archer commence à frotter la corde et le moment où le son est produit.

Ayez conscience du pouvoir rythmique de votre instrument .

L’orchestration

Vous pouvez choisir d’orchestrer un morceau comme vous le souhaitez.

Par exemple, jouer l’intégralité d’un morceau sur votre ride pour obtenir un son plus ouvert et plus rempli, ou au contraire tout jouer sur le charleston fermé pour jouer des sons courts.

Choisir le son plus percutant du rim shot sur votre caisse claire ou en Rim Knock ( cross sticks  , baguette jouée en touchant la peau et le cercle en même temps ).

Dans l’exemple qui suit, Clarence Pen choisit d’accompagner le thème et une bonne moitié du solo de guitare exclusivement avec le rythme du Rim Knock sur tous les temps, utilisant de-ci de-là quelques accents joués aux cymbales pour souligner la musique.

Il n’utilisera le son plein de caisse claire qu’à partir de 4min15 sec  afin de garder de la tension et de la dynamique en réserve.

 

 

Autre exemple  : Il est aussi possible de TOUT orchestrer sur les toms .

Ci-dessous un exemple d’orchestration que j’ai réalisé pour un morceau d’Ibrahim Maalouf utilisant en grande majorité les toms.

Le but était ici de reproduire un son de type TRIBAL en accompagnement d’un chant aux consonances balkaniques.

Le type de son que vous choisirez d’utiliser pour accompagner la musique influencera grandement celle-ci en la colorant et lui donnant des accents spécifiques.

 

La rythmique

La rythmique influence bien entendu la musique de tout le groupe.

Il y a tellement  de possibilités d’accompagnement pour chaque morceau qu’il est impossible de faire des règles édictant la meilleure approche afin de choisir une rythmique adaptée.

Cela dépend de chaque batteur, et chaque batteur jouera/créera  ce qui lui semble être le plus juste.

Le mieux est d’ouvrir vos oreilles et d’analyser la façon dont le morceau que vous accompagnez est construit.

Tout est possible : un débit régulier et immuable, un débit saccadé, un rythme très rempli, un rythme très aéré.

Le tout étant  de TOUJOURS servir la musique …

Une question qui peut vous aider à créer une rythmique en adéquation :

Hormis votre batterie, quel est l’instrument qui définit le plus  le rythme du morceau ?

Généralement c’est la basse, mais ce n’est  pas toujours le cas. Cela peut être le clavier ou la guitare, voire le chanteur ou l’instrument  qui joue la mélodie.

 

Pour conclure

En ayant ces quelques réflexions en tête, demandez-vous quelle est votre implication dans la musique ?  Parvenez-vous à colorer la musique et à la personnaliser grâce à vos choix musicaux ?  Votre place dans l’espace sonore est-elle juste ? Votre choix de rythmes et de couleurs de sons est-il adapté à la musique ?

Et vous, aviez-vous conscience du pouvoir de votre instrument sur le son d’un groupe ? Répondez-moi dans les commentaires ci-dessous …

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  1. Bonjour Xavier,

    Une x de +, merci pour ce brillant article.
    J’ai joué, il y a quelques années, pour 2 concerts au Jazz Jette June, avec Pascal Wincq, David Legley et Eduardo Baro, probablement mes meilleurs concerts.

    Lors d’impros comme les aimait le clavieriste Pascal, de tjs à autre, je m’appliquais à diminuer fortement le son, puis, après quelques mesures ou groupes de mesures, réimposait un tonus plus puissant, la dynamique du morceau, tout humble batteur que j’étais, en était vraiment magnifiée, bien sûr parce que tous les intervenants étaient CONSTAMMENT À L’ÉCOUTE.

    Par contre très difficile de jouer laid back sans ralentir pour empêcher l’accélération générale du morceau. Je parle ici d’autres concerts ou répètes avec d’autres musiciens.

    • C-Hello Luc , content de savoir que tu puisses jouer avec de si bons musiciens..

      Jouer laid back est très difficile , il est intéressant d’écouter ce genre de batteur afin de s’imprégner de leur style …

      et un jour voir ressurgir toutes ces heures d’écoutes dans ton jeu…

  2. Bonjour Xavier,

    Très chouette article 🙂 j’aime particulièrement ton choix de morceau de Meshuggah (dont je suis un grand fan). J’aimerais d’ailleurs connaître ton opinion sur ce groupe. Je suis curieux de connaître le regard d’un musicien principalement jazz sur ce groupe plutôt inclassable…

    Les membres de mon groupe insistent constamment sur le placement de la batterie par rapport au temps, c’est vraiment quelque chose d’important à maîtriser lorsque le batteur doit insuffler le ressenti du morceau, et c’est là qu’est la difficulté d’exécution de certains morceaux, au delà de la technique pure. L’exemple de Rage Against The Machine est excellent car le batteur, en duo avec la basse, définit le feeling de pratiquement tous les morceaux, tout en gardant une certaine sobriété dans son jeu. Un autre exemple dans un genre proche : Abe Cunningham, le batteur de Deftones.

    • Meshuggah c’est bien sur la rolls du hard rock( ou de l’un de ses nombreux sous genre ) ! de la réellement très très bonne musique …

      Ceci dis il y a tellement à en dire que cela mériterait un article complet … peut être une autre fois …

  3. Bonjour Rogé: c’est une sacré bonne balade ce blog!

    le blog entier est truffé de questionnements extrêmement pertinents faisant preuve d’une rare ouverture d’esprit et surtout d’un sens didactique remarquable, le tout rédigé dans une langue claire et précise soucieuse d’aider et de guider débutants et confirmés dans la jungle luxuriante des percussions.

    il est très difficile en tant que « producteur de musique » de juger de son impact: combien de fois ne m’a t-on pas dit « c’est mieux quand tu joues » bien que personnellement je n’en soie absolument pas persuadé.

    en ce qui concerne nos amis mangeurs de renne cru, l’aimable Matthieu Metzger, brillant saxophoniste (Ducret, Sclavis, ONJ, Klone, ++++) a commis il y a une dizaine d’années « sur » Meshuggah un mémoire de maitrise de musicologie qui fait référence (noté 18/20)

    http://matthieu.metzger.free.fr/memoire/titre.html

    • Bonjour Frank et bienvenu sur le blog.
      Ton commentaire fait plaisir à lire en tout cas. Je vais jeter un œil attentivement au mémoire de Mathieu .
      Merci pour le lien 🙂
      Concernant ton commentaire sur la clave, je le déplace sur le post lié à la cascara.